oh


oh

oh [ o ] interj.
• 1659; anciennt ho; lat. oh
1Interjection marquant la surprise ou l'admiration. « Oh ! oh ! je n'y prenais pas garde » (Molière). « Oh ! c'était un malin » (Zola).
2Interjection renforçant l'expression d'un sentiment quelconque. Oh ! quelle chance ! Oh là là !
3 N. m. inv. Pousser des oh ! et des ah ! [ deoedea ].
⊗ HOM. Au, aulx (ail), aux, eau, haut, ho, 1. o, ô, os.

⇒OH, HO1, interj.
I. —[Marque une rupture, une discontinuité]
A. —[Marque un sentiment de surprise, d'étonnement]
1. [Suscité par un événement extérieur au discours lui-même] Donne-moi ta main, ta main chérie. Oh! ciel! elle est humide (STAËL, Allemagne, t.3, 1810, p.118). Il applique une claque retentissante. La Môme, ne faisant qu'un saut qui la remet sur son séant: Oh! chameau! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 10, p.16):
1. ... tiens, agenouille-toi sur le parquet et mire un peu par ce trou que j'ai fait, tu verras un drôle d'assassinat! —Oh! m'écriai-je en appliquant mes prunelles à la fente en question, oh! oh!
CLADEL, Ompdrailles, 1879, p.316.
[Dans un récit, pour rapporter la réaction suscitée par un événement] Cette première campagne terminée, et nous séparés, il se trouva que le hasard nous réunit encore sur un autre navire. Oh! alors, cela devint presque de l'affection (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p.44). Tout d'un coup, ho! petits, mes amis! dans la cheminée, un cri effroyable, une masse noire qui s'abat sur les braises (POURRAT, Gaspard, 1922, p.166).
En partic. [L'événement est ressenti comme pénible] Burette grogna en se mettant sur ses pieds. —Oh! mes reins... Saloperie... Moi, je ne couche plus comme ça. Me faut un lit (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.36). On lançait des boules de neige. Je lui en ai jeté une. Elle devait être très dure. Il l'a reçue en pleine poitrine, il a fait «oh!» et il est tombé comme ça. J'ai d'abord cru qu'il saignait du nez à cause d'une autre boule de neige (COCTEAU, Enfants, 1929, p.17). La jeune fille poussa un petit cri: «Oh! il m'a piquée sur le menton! sale petite bête, vilain petit moustique!» (VERCORS, Sil. mer, 1942, p.52).
2. [Suscité par ce qui vient d'être dit, par le propos lui-même] Je ne peux pas la voir pleurer... Tant pis! (À Francine.) Tant pis! Tu l'épouseras, mon enfant!... Francine: Oh! papa! Qu'est-ce que tu dis? Je l'épouserai? (Tr. BERNARD, M.Codomat, 1907, III, /, p.180):
2. LECHY ELBERNON: —Tuez-le donc, lui! Vous n'êtes pas une femme, si vous n'avez pas envie de vous venger. Tuez-le, je vous le livre. MARTHE: —Ho! LECHY ELBERNON: —Vous ne voulez pas?
CLAUDEL, Échange, 1894, III, p.703.
[Suivi d'un commentaire] La Duchesse: Vous nous mettrez à côté de moi, à table, nous dirons du mal du gouvernement. Paul: Oh! Duchesse! Moi, un fonctionnaire, en dire! Oh! non... mais je peux en entendre (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, I, 17, p.72). (Regardant sa montre.) Oh! nom d'une pipe, trois heures et demie!... et les autres qui doivent venir me chercher!... (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, /3, p.26). —Quand partez-vous? —Samedi. —Oh! dit-il, oh! si tôt! (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.309). V. mais ex. de Farrère.
En partic. [Suivi d'un syntagme nom. dont le référent est source d'indignation] Elle riait encore, à cause des mots d'argot et de la sale tête d'un pochard qui s'était fait expulser. —Oh! ces ivrognes, dit-elle d'un air répugné (ZOLA, Nana, 1880, p.1369). L'auteur dramatique qui (...) proclame qu'il n'y a qu'une bonne maison de pièces sur le quai: la sienne! Oh, le cuistre! (GONCOURT, Journal, 1888, p.840).
B. —[Signale que le locuteur commente ce qu'il vient de dire]
1. [Précède un énoncé ayant valeur de rem. en aparté] Et bien, mon cher, vos raisons sont puissantes, mais, comme (oh! l'ironie de cela!) je ne sais pas au juste jusqu'où va le génie de mon père (G. LEROUX, Parfum, 1908, p.78). Je t'en supplie, au nom du ciel, observe-toi! (...) Le Duc, à part, dans son coin: —Oh! ben, il n'est pas méchant! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914II, 5, p.39):
3. ... une poignée de vaillants garçons s'entêta dans la résistance, et l'on vit l'inertie concertée triompher de la brutalité aveugle. Oh! c'était supérieurement conçu.
AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p.279.
2. En partic. [Précède un énoncé ayant valeur d'aveu] Je ne cesse de cracher le sang. Oh! je vous ferais peine si vous me voyiez (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p.280). Tu as des qualités admirables, beaucoup de jugement, beaucoup de coeur... Tandis que moi, oh! je l'avoue... je manque quelquefois de pondération... (FLERS, CAILLAVET, M. Brotonneau, 1923, II, 4, p.15).
3. [Précède un syntagme à valeur appréciative]
a) [L'appréciation est négative] Je croyais aller à un duel, et voici que j'entre en plein roman... Oh! les femmes (PONSON DU TERR., Rocambole, t.3, 1859, p.395). Les premières semaines enchantées, miraculeuses, dans le cottage de brique, jusqu'au soir... Oh! les nuits d'été suffocantes, visqueuses, pleines de l'odeur du vieil homme! (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p.1446):
4. Repos, si c'est un repos que d'écrire trente lettres dans la journée. Oh! la distribution des billets, c'est un terrible ennui dans la vie théâtrale!
GONCOURT, Journal, 1888, p.874.
b) [L'appréciation est positive] Les sept lieues que nous avions déjà faites depuis le matin ne m'empêchèrent pas de pousser cette nuit-là jusqu'à Fénétrange. Oh! la jeunesse! quel courage cela vous donne d'avoir vingt ans et d'être amoureux! (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t.2, 1870, p.135).
C. —[Signale un désengagement plus ou moins complet du locuteur vis-à-vis de ce qui vient d'être dit]
1. [Précède un énoncé contestant ou rectifiant ce qui a été affirmé précédemment] Mais c'est très... très-mal!... Comment, des rendez-vous, la nuit, avec un jeune homme!... Gabrielle, vivement: Oh! pas avec un jeune homme!... avec lui! (SARDOU, Rabagas, 1872, III, 4, p.119). Il va conclure une paix glorieuse. —Oh! la paix!... douta Caroline (ADAM, Enf. Aust., 1902, p.123):
5. Il me semble que nous sommes déjà beaucoup trop loin, vous et moi, d'une conversation ordinaire. —Oh! il ne s'agit pas d'une conversation ordinaire, fit Chantal avec amertume...
BERNANOS, Joie, 1929, p.687.
2. [Précède un énoncé contestant ou rectifiant une implication ou une conclusion qu'on pourrait tirer de l'énoncé précédent]
a) [L'énoncé précédent est déclaratif] —Hélas! Maître Claude, toute cette maçonnerie me coûte gros. À mesure que la maison s'édifie, je me ruine. —Ho! n'avez-vous pas vos revenus de la geôle et du bailliage du palais (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p.199). Elle est bonne femme au fond, bien que sa langue tourne trop vite. —Oh! fit-il charmé, je ne lui en veux pas (THEURIET, Mariage Gérard, 1875, p.134).
[Sans changement de locuteur] Robert: Le mariage? Courpière: Non... Oh! Je ne dis pas que je refuserais une occasion (HERMANT, M. de Courpière, 1907, I, 10, p.9). Vous nous rendrez le service de ne plus nous fréquenter pendant quelque temps, oh! mon Dieu! très peu de temps! jusqu'à ce que les choses aient repris leurs cours normal (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p.279). Gabrielle: Henriette m'a téléphoné d'une voix assez... frémissante. Oh! elle n'a fait que m'annoncer sa visite (BERNSTEIN, Secret, 1913, I, 3, p.6).
b) [L'énoncé précédent est interr.] Bellac, tendrement: Est-il possible que vous ne croyiez pas à l'amour platonique, vous? Lucy: Moi? Oh! pas du tout (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, III, 4, p.146). Camerlin: Alors, on ne peut pas critiquer le gouvernement? Le Prince: Oh! Si! Il est là pour ça! (SARDOU, Rabagas, 1872, I, 12, p.36). —Elle te doit de l'argent? —Oh! pas grand-chose... ce n'est pas la question (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.59).
c) [L'énoncé précédent est exclam.] Gabrielle: Vous repartez? Mais quand? Mme de Savageat: Tout à l'heure. Gabrielle: Après une nuit en wagon! Mme de Savageat: Oh! deux heures d'auto ne me tueront pas! (BERNSTEIN, Secret, 1913I, /, p.6).
3. [Précède un énoncé qui conteste les motifs pouvant fonder l'énonciation de l'interlocuteur] Il avait dit au Président: —Moi, cette montagne, je la prends quand tu voudras. —Oh! si ça dépendait seulement de moi... avait dit le Président (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p.9):
6. Nous sommes arrivés déjà. Nous voici déjà devant mon théâtre.
Oh! dit Hubert. Nous connaissons le chemin.
DUHAMEL, Suzanne, 1941, p.57.
4. [Précède un énoncé par lequel le locuteur refuse une offre, une suggestion, un ordre]
a) [Refus d'une offre] Bonjour, mademoiselle. Vous allez bien? —Fort bien, Monsieur, je vous remercie. —Voulez-vous une cigarette? —Oh! pas dans la rue (MAUPASS., Contes nouv., t.1, Quest. du lat., 1886, p.569). Voyons, nous prendrons bien une petite bouteille, hein? (...) Oh! merci... merci... Monsieur Bricart (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p.84).
b) [Refus d'une suggestion ou d'un ordre] Mme de Passelieu: Quelle blague! Mais continue, c'est charmant. Courpière: Oh!... ce n'est pas la peine, si vous ne me croyez pas (HERMANT, M. de Courpière, , II, 111907, p.19).
D. —[Signale que le locuteur a changé de point de vue; l'énoncé qui suit présente l'argument qui justifie le point de vue nouveau]:
7. Dites-moi, mon lieutenant, en quoi est-ce qu'il a consisté, l'héroïsme des femmes? À laisser partir leurs hommes, en se disant la plupart: «Oh! ça lui fera du bien... sous le rapport de sa santé, et de son caractère...»
ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p.126.
[En dehors du dialogue] Finalement, elle accepta l'invitation quand on lui eut affirmé (...) que Kimberly viendrait à ce dîner... Oh! du moment que Kimberly avait promis de venir (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p.195).
Rem. Dans cet emploi oh peut être suivi de après tout.
II. —[Signale que du point de vue du locuteur une situation a atteint un point de paroxysme]
A. —[Suivi d'une demande, d'une requête voire d'une imploration]
1. [Le destinataire est spécifié] —Oh! monsieur, —dit Atar-Gull en se précipitant aux genoux du prêtre, les yeux baignés de larmes, —oh! monsieur, faites qu'il vive (SUE, Atar-Gull, 1831, p.37). Oh! pardonne, mon Dieu, ces cris illégitimes! (BARBIER, Ïambes, 1840, p.137). Il jeta un cri brusque, éperdu. —Oh! maman, oh! maman, j'ai peur, emmène-moi! (ZOLA, Débâcle, 1892, p.539).
2. [Le destinataire n'est pas spécifié] —Ce matin..., commença-t-il. —Tais-toi, dis-je, oh! tais-toi (SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p.136):
8. —L'amour, murmura Philodème, ce n'est ni la passion ni la volupté. L'amour c'est bien autre chose... —Oh! de grâce! s'écria Timon, ayons ce soir, exceptionnellement, un banquet sans philosophies.
LOUÏS, Aphrodite, 1896, p.135.
B. —[Suivi d'un énoncé exprimant le haut degré d'une propriété] Comment ai-je pu me fâcher d'un mot qui n'était sûrement pas dit pour me faire de la peine? Oh! combien vous êtes meilleur que moi! (KRÜDENER, Valérie, 1803, p.22). Oh! qu'il est mignon! Comment s'appelle-t-il? (GONCOURT, Journal, 1888, p.859). Oh! quelle tristesse que cette approche de l'hiver! (MONTHERL., Malatesta, 1946, IV, 6, p.519).
C. —[Suivi d'un énoncé traduisant l'impatience ou l'exaspération] —Oh! mais qu'est-ce qu'ils ont aujourd'hui, les goélands? Piauler, piauler... Tout le temps du dîner, avez-vous entendu? (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p.177).
III. —[Marque que le locuteur présente la position qu'il exprime, le point de vue qu'il donne comme allant de soi]
A. —[L'énoncé qui suit est la réponse à une question]
1. [À une question partielle] C'est lui au contraire qui s'est fait présenter à nous. —Quand cela? —Hier soir, en vous quittant. —Par quel intermédiaire? —Oh! mon Dieu! Par l'intermédiaire très prosaïque de notre hôte! (DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.518). Vous vous appelez Claudine, n'est-ce pas? —Oui, comment le savez-vous? —Oh! il y a longtemps qu'on «cause» de vous (COLETTE, Cl. école, 1900, p.197). Doroty: Qu'est-ce qu'il y a entre elle et Jimmy? Isabelle: Oh! pas grand-chose... Un petit flirt, probablement (BOURDET, Sexe faible, 1931, II, p.352).
2. [À une question totale] —Un sonnet? lui dis-je; à quel propos? Est-ce que j'en suis capable? —Oh! pour cela oui (...), dit-elle en jetant un petit éclat de rire (FROMENTIN, Dominique, 1863, p.170). Allons d'abord dîner. Après quoi, nous irons, si tu veux, au théâtre? Aimes-tu le théâtre? —Oh! oui! je l'idolâtre (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p.184).
B. —[L'énoncé qui suit exprime l'accord du locuteur]
1. [Avec une assertion de l'interlocuteur]:
9. Et puis des passions de peuples, aveugles; des fanatismes nationaux, dont il y a évidemment des chefs qui se servent, pour faire aboutir leurs combinaisons, mais... —Oh! vous êtes sûrement dans le vrai.
ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p.106.
2. [Avec une demande de confirmation de l'interlocuteur] Elle tressaillit: «Comment, il pleurait? —Oh oui, il pleurait! (...)» (MAUPASS., Contes et nouv., t.2, Mlle Perle, 1886, p.641). Une autre fois vous serez plus prudente, pas? —Oh, oui! dit Juliette (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.85).
3. [Avec une promesse] —Chérie, promets-moi de ne jamais te défaire de ces perles, non pas en souvenir de moi, mais parce qu'elles te porteront bonheur. —Oh! oui, mon coeur. Je sais qu'elles me porteront chance (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p.237).
C. —[L'énoncé qui suit exprime le désaccord du locuteur]
1. [Avec une assertion de l'interlocuteur] Et si l'on vous trouve ici, seul avec moi, je suis perdue!... Éric: Perdue!... Oh non! Je vous en réponds aux dépens de mes jours (SCRIBE, Bertrand, 1833, III, 9, p.188). —«Mais voyons, mon petit, après le tableau que tu m'as fait de ton existence ici, la vie de famille ne peut pas être pire!» —«Oh si!» (MARTIN DU G., Thib., Pénitenc., 1922, p.716).
En partic. [Pour récuser une manière de parler de l'interlocuteur] Bien, c'est très bien! mais je vous prierai dorénavant, madame...! Gabrielle (...) chatte: Oh! non!... Pas madame! Ne m'appelez pas madame, voulez-vous? (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, II, 7, p.43).
2. [Avec une demande de confirmation] Thérèse: Ah! Tu veux bien que je revienne ici. Brotonneau: Oh! non, non, ça non! C'est impossible... J'ai refait ma vie, moi! (FLERS, CAILLAVET, M. Brotonneau, 1923, II, 6, p.17). Tu ne veux pas m'accompagner chez Claudie, jeudi prochain? (...) —Oh! non, je ne veux pas, dit-elle; elle est venue me voir la semaine dernière, je suis gavée de Claudie pour des mois (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.178).
3. En partic. [Introduit la réponse négative à une question] —Veux-tu que je t'entende en confession? —Oh! répliqua-t-elle avec un accent tragique, c'est inutile,... car il faudra bien que j'avoue ma position à ma mère (THEURIET, Mariage Gérard, 1875, p.201). —Faites-vous beaucoup de fautes d'orthographe?... —Oh! non!... pas beaucoup (GYP, Souv. pte fille, 1928, p.94).
D. —[Par l'énoncé qui suit on refuse de prendre position par rapport à ce que vient de dire l'interlocuteur] C'est vrai... qu'il n'y a pas un mot de vrai dans ce que je vous raconte. Voulez-vous que je vous dise la vérité, maintenant? Mme de Passelieu: Oh! Si vous voulez. Ça m'est bien égal (HERMANT, M. de Courpière, 1907, II, 11, p.19).
IV. —[Oh + nom ou appellatif]; s'emploie pour interpeller. Oh, les gars! Synon. ohé. Cassandre: Oh misérable, vas-tu perpétrer cela? (CLAUDEL, Agamemnon, 1896, p.894). Et il appela, en cognant plus fort sur la table: —Oh! Bec-Salé! Un litre encore, avec deux verres! (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p.150). De la rue, le Dragon crie: —Oh! Poule-Courte, nous emmenons le Bel-Ange! (POURRAT, Gaspard, 1930, p.112). «Nous deux, avec le crapaud, ça est bien allé jusqu'à la saint-Michel; il venait au bord des herbes pour me regarder». Je lui disais: «Oh collègue. Et alors, quoi de neuf?» (GIONO, Colline, 1929, p.42).
En partic. Oh hisse.
V. Emploi subst. Aux premiers mots de son client, sa bouche s'ouvrit dans un «oh!» de stupéfaction, et ne se referma pas (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p.104). À l'aspect de ses pieds nus, de sa tunique grecque, maintenue sous les bras par une ceinture d'argent (...) il y avait eu un «oh!» d'indignation (MAURIAC, Noeud vip., 1932, p.116).
REM. 1. Oh! oh!, ho! ho!, interj. [Marque une réaction (de désapprobation, de désaccord, d'étonnement, etc.) à un événement ou une situation qui est motivée par une opinion, un point de vue du locuteur sur cet événement ou cette situation] a) [Avec un énoncé explicitant ce qui a motivé la réaction] Entrez Monsieur Merckens. On ne se plaindra pas ici de voir une figure de connaissance. Merckens, après avoir regardé autour de lui: Oh! oh! L'homme de loi ne m'avait pas trompé. Ça sent la misère (BECQUE, Corbeaux, 1882, IV, 1, p.213). Il n'est pas loin... Je le flaire depuis un instant... Ho! Ho! Que ce maître est dur! (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p.182). b) [Sans énoncé explicitant ce qui a motivé la réaction] —«Décidément, tu n'as pas de chance!» dit Rosanette. —«Oh! oh! peut-être!» voulant faire entendre par là plusieurs bonnes fortunes, afin de donner de lui meilleure opinion (FLAUB., Éduc. sent., t.2, 1869, p.165). À chaque tape, une bande rouge marbrait la peau blanche. —Oh! oh! murmurait le garçon Charles, émerveillé, les yeux agrandis (ZOLA, Assommoir, 1877, p.400). En partic. [Suivi d'une apostrophe ou d'une injonction] —Oui, monsieur! s'écria Madame Fantan, irritée d'une ombre d'opposition à la justice de ses arrêts. Oui, monsieur, Madame de Farkley est venue dans ce salon pour y... —Ho! ho! ho! ne dites pas cela, reprit encore le vieux monsieur (SOULIÉ, Mém. diable, t.2, 1837, p.211). La Duchesse, éclatant: Ah! bien, en voilà une bêtise, par exemple! Les Dames: Oh! oh! Duchesse! (PAILLERON, Monde où l'on s'ennuie, 1869, II, 1, p.97). 2. Oh , (Oh la la)interj. [Marque que le locuteur éprouve un sentiment de compassion envers qqn, qu'il plaint qqn] a) [La plainte ne concerne pas le locuteur] Ainsi, mon squelette date de l'ours des cavernes!... Mais celui des Baoussé-Roussé! Oh! là là! mes enfants! Tout au plus de l'époque du mammouth (G. LEROUX, Parfum, 1908, p.63). Je me ferai dans les seize mille cette année. Jimmy: En tout? Nicole: Ah! oui, naturellement. Jimmy, accablé: Oh! là, là... (BOURDET, Sexe faible, 1931, III, p.442). b) [La plainte concerne le locuteur] —Ce n'est pas à Monsieur l'abbé Poiré que vous vous confesserez, c'est au Révérend Père Jaxel... —Au Père Jaxel!... Jamais de jamais!... Au Père Jaxel!... Oh! la! la! (GYP, Souv. pte fille, 1928, p.296). Alors les gémissements recommencèrent: —«Oh là là... Oh là là...» Jacques reposa sur le lit le bras qu'il tenait et il s'aperçut que ses doigts y avaient imprimé des marques (MARTIN DU G., Thib., Mort père, 1929, p.1276).
Prononc. et Orth.: [o], [(h)o]. Ac. 1694: ho, oh; dep. 1718: ho; dep. 1740, art. oh distinct. Étymol. et Hist. a) 1659 oh! oh! interj. qui marque la surprise ou qui donne plus d'énergie à la phrase (MOLIÈRE, Précieuses ridicules, 9); cf. 1538 oho interj. qui marque la surprise, l'admiration (EST.); b) 1668 oh la oh, descendez! (LA FONTAINE, Le Meunier, son fils et l'âne, 45 ds Fables, éd. Ad. Régnier, t.1, p.202); 1903 mar. oh! du canot! (Nouv. Lar. ill.). Var. de ô; cf. aussi le lat. oh interj. qui exprime les sentiments les plus divers. Fréq. abs. littér.: 21740. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 25534, b) 38033; XXes.: a)44401, b) 23581.

oh [o] interj.
ÉTYM. 1659; anciennt ho; lat. oh.
1 Interjection marquant la surprise ou l'admiration. || Oh ! c'est donc vous ! || Oh ! est-ce possible ? || Oh ! merveilleux pouvoir (→ Magique, cit. 1). || Oh ! c'était un malin (cit. 13).Oh ! que tes cieux sont grands ! (→ Atome, cit. 11).
1 Oh ! oh ! je n'y prenais pas garde (…)
Molière, les Précieuses ridicules, 9.
2 Interjection renforçant l'expression d'un sentiment quelconque. || Oh ! quelle chance !Oh ! que je suis ravi !Oh ! il est cassé ! || Oh ! vous, fichez-moi la paix ! || Oh ! va te faire foutre ! (cit.).Oh ! si j'étais puissant, comme je viendrais en aide aux malheureux ! (cit. 19).(Renforçant une prière ou une adjuration). || Oh ! par pitié !Oh ! parle, parle !
2 Oh ! n'insultez jamais une femme qui tombe !
Hugo, les Chants du crépuscule, XIV.
3 Oh ! ne me laissez pas, emportez-moi à l'ambulance (…)
Zola, la Débâcle, II, II.
3 Exclamation servant à interpeller ou à attirer l'attention. || Oh ! gare à vous !Oh ! hisse.(Mar.). || Oh ! du canot. Ho, holà, ohé.
4 « Qu'est-ce donc qui dérive là ? » s'écria-t-il. Pencroff interrompit son travail, et il aperçut un objet mobile qui apparaissait confusément dans l'ombre.
« Un canot ! » dit-il.
Tous s'approchèrent et virent, à leur extrême surprise, une embarcation qui suivait le fil de l'eau.
« Oh ! du canot ! » cria le marin par un reste d'habitude professionnelle, et sans penser que mieux peut-être eût valu garder le silence.
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. I, p. 367.
4 N. m. Le mot oh.Pousser des oh ! et des ah ! [deoedea]. || Il poussa un oh ! d'indignation.
5 Lorsque Passepartout apprit ce que coûterait cette dernière traversée, il poussa un de ces « Oh ! » prolongés, qui parcourent tous les intervalles de la gamme chromatique descendante !
J. Verne, le Tour du monde en 80 jours, p. 294.
tableau Principales interjections.
HOM. Au, eau, haut, ho, o.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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